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Le Père Jacques Mourad, prêtre syriaque-catholique, a été enlevé par trois hommes armés non identifiés jeudi après-midi, dans son monastère de Mar Elias, à Qaryatayn. Le père Zyad l’avait joint au téléphone avant son enlèvement. Il témoigne.

Le père Jacques Mourad a été enlevé jeudi avec un de ses collaborateurs par des hommes armés dans son monastère de Mar Elias, à Qaryatayn, en Syrie. La ville est située entre Homs et Palmyre, cette dernière ayant été prise cette semaine par les djihadistes de l’Etat islamique. Depuis quatre jours, les réfugiés affluent vers le monastère, transformé depuis le début du conflit en centre d’accueil sous l’impulsion du père Mourad.

Le matin même de son enlèvement, le prêtre syriaque avait envoyé un message à ses amis, dans lequel il exprimait toute son inquiétude face à l’avancée de l’Etat islamique dans la région.

« Les extrémistes de Daech s’approchent de notre ville. A Palmyre, ils ont tué beaucoup de gens en coupant leur tête. Priez pour nous, SVP. »

Peu de temps auparavant, le père Zyad, qui fait partie du même diocèse, était parvenu à le joindre au téléphone. « Il m’a dit qu’il était en train d’accueillir des familles de Palmyre qui sont parties après l’attaque de Daech. Il était en train de préparer la nourriture et le logement avec l’équipe sur place. C’était notre dernier message. »

Inquiet de ne plus avoir de nouvelles, le père Zyad a réussi à joindre un autre prêtre basé à Homs. C’est lui « qui m’a annoncé qu’il avait été enlevé dans l’après-midi avec un autre chrétien qui s’appelle Boutros. » L’autre père lui explique que « deux hommes masqués et armés sont entrés ». Mais il ne peut confirmer que ce sont des hommes de Daech qui ont enlevé le père Mourad.


 

SYRIE : Enlevement du Père Jacques Mourad par les djihadistes

Hier 21 mai 2015, le père Jacques Mourad a été enlevé à Qaryatayn – petite ville du centre de la Syrie à une centaine de kilomètres de Palmyre – où il a dirigé pendant douze ans la paroisse catholique locale et vécu dans le monastère de Mar Elias dont il était le Prieur.

C’est ainsi que moins de deux ans après l’enlèvement du père Paolo Dall’Oglio le 29 juillet 2013 à Raqqa, l’horreur frappe à nouveau la communauté monastique de Deir Mar Musa, monastère situé  à environ 80 km au nord de Damas.Le dernier contact avec le père Mourad  remonte à hier midi: « Nous n’avons toujours pas de nouvelles, nous savons seulement qu’il a été pris par quatre hommes, appartenant surement à un groupe djihadiste », confie à l’AED le Père Nawras Sammour, directeur du Service jésuite pour les réfugiés au Moyen-Orient.

Le jésuite se souvient de la dernière rencontre avec le Père Jacques, il y a environ deux mois. «Il était extrêmement préoccupé par la présence de fondamentalistes à Qaryatayn.» Bien qu’averti du danger imminent, le Père Jacques ne voulait pas abandonner ses fidèles et les nombreux réfugiés qu’il a soutenu et accueilli dans son monastère. Dans le passé, il avait été jusqu’à négocier avec le Front Al Nusra la libération d’otages. « Quand je lui ai demandé s’il avait l’intention de quitter  la région- poursuit le père Sammour – il a répondu qu’il le ferait seulement s’il en était forcé, sinon il voulait rester avec son peuple.»

Ces derniers jours, le Père Jacques avait accueilli de nombreuses personnes évacuées de Palmyre, ville entre les mains de l’Etat islamique depuis hier. «Il a toujours aidé les Syriens et a accueilli de nombreux musulmans dans le monastère de Saint-Élie.»

Le kidnapping du moine jésuite est pour beaucoup le signe de la volonté de l’EI de prendre la ville de Homs. Une crainte qu’avait d’ailleurs exprimée le Père Jacques lui-même, quelques jours avant son enlèvement.

Outre l’enlèvement du Père Dall’Oglio et des deux évêques d’Alep Yohanna Ibrahim et Bulos Yazigi, le Père Sammour se souvient de l’assassinat du Père François Mourad, assassiné en Ghassanieh 23 juin 2013 et celui du Père Frans Van Der Lugt, tué par balles à Homs 7 avril l’année dernière. «Nous sommes conscients des risques que nous courons comme prêtres, mais nous ne pouvons pas faire autrement qu’aider et  être proche des Syriens, chrétiens et musulmans. Très souvent, nous sommes leur seul point de référence »

syrie-1024x768Sources : AED, France Info