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Dans une interview accordée hier 28 juillet à l’AED, le Patriarche gréco-catholique Gregorios III, chef de la plus grande communauté catholique en Syrie, dénonce l’argent et les armes donnés aux groupes modérés qui sont sans cesse saisis par l’État islamique et utilisés dans la lutte contre le Président Bashar al-Assad.

Les propos du Patriarche font suite au discours télévisé prononcé dimanche 26 juillet par Bashar al-Assad, dans lequel il semblait admettre qu’en raison de la montée en puissance de l’opposition, ses forces ne pouvaient pas combattre sur tous les fronts à la fois, c’est-à-dire contre Daesh, le Front Al-Nusra et les autres groupes de miliciens.

Critiquant la politique menée au Proche-Orient par l’Occident, le Patriarche Gregorios déclare : « Quand il [l’Occident] aide directement les modérés en Syrie, alors il aide indirectement l’État Islamique. Si vous donnez un jour de l’argent aux groupes faibles et modérés, il se retrouvera le lendemain entre les mains des groupes combattants les plus forts. Nous voyons cela arriver tous les jours. »

Le commentaire du Patriarche arrive après que la coalition dirigée par les États-Unis a effectué des frappes aériennes et fourni une aide militaire pour aider les forces kurdes de Syrie qui luttent contre l’EI à Kobani sur la frontière turque, et offert son soutien à l’armée syrienne libre, malgré les craintes que cette aide ne soit transmise – et même vendue – à des groupes extrémistes.

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Visite du Patriarche Gregorios
aux chrétiens de Qusseir dont
l’église St Elijah a été endommagée.

Alors que le Pape a renouvelé dimanche 26 juillet sa demande de libération du Père Paolo Dall’Oglio, presque exactement deux ans après son enlèvement, le Patriarche Gregorios a déclaré qu’il n’avait aucune information sur le lieu de sa détention, ni sur ceux d’au moins six autres prêtres et évêques kidnappés en Syrie, déplorant : « qui sait ce qui leur est arrivé. Qui sait s’ils sont encore en vie ».

Départs et retours de chrétiens

Par ailleurs, « l’accroissement des difficultés » de la population au cours des dernières semaines et des derniers mois provoque une recrudescence des départs de chrétiens et d’autres personnes. « Tous les jours, des gens quittent le pays – certains avec des visas, d’autres sans. Parfois, ils prennent avec eux des milliers de dollars américains dans l’espoir de se rendre en Europe – risquant de se faire exploiter ou pire ». Selon Mgr Gregorios III, au moins 450.000 chrétiens de Syrie sont soit des déplacés dans leur propre pays, soit des réfugiés à l’étranger : « les chrétiens sont maintenant 40.000 en Allemagne et 50.000 en Suède », a-t-il précisé. Mais « la situation est telle qu’il nous est difficile de fournir des chiffres précis quant au nombre de nos compatriotes qui ont fui. »

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le Patriarche devant l’icône profanée
de l’église St Georges à Maaloula

Cependant, certains fidèles au contraire, sont rentrés dans d’autres régions devenues aujourd’hui relativement sûres. Comme par exemple Maaloula, ville et sanctuaire chrétien près de Damas tombé aux mains des forces islamistes en 2013, mais récupéré par les forces gouvernementales. Selon le Patriarche, 450 familles chrétiennes – 2.250 personnes – y sont revenues, et également beaucoup d’autres à Homs, Marmarita et dans la Vallée des chrétiens, qui ont été arrachées au contrôle des islamistes.

Le Patriarche s’affirme, malgré tous les départs, « confiant » dans la survie de l’Église. « Nous nous battrons et ferons tout notre possible pour garder les chrétiens autant que possible dans le berceau du christianisme. Les chrétiens du Proche-Orient ont un rôle important – mission, présence et dialogue. Nous ne nous intéressons pas qu’aux chrétiens ; nous essayons de promouvoir le dialogue et nous prenons soin de tout le monde. »

Source : AED