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Pour la deuxième fois depuis le début du conflit syrien, le patriarche maronite Béchara Raï s’est rendu à Damas le 8/6/2015, pour assister cette fois au sommet spirituel chrétien œcuménique, rassemblant les chefs représentants des Eglises de la région. Une visite marquée de déclarations fortes, à l’attention des chrétiens comme des musulmans. 

Deux ans après une première visite qui avait suscité la controverse au Liban, le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, s’est de nouveau rendu à Damas. Un sommet spirituel chrétien s’y est en effet tenu lundi, rassemblant les différents chefs des Eglises de la région. Cette fois, les polémiques n’ont pas entaché le voyage du patriarche en Syrie. D’ailleurs, Bkerké avait eu tôt fait de préciser, dès mercredi, que lors de son déplacement, Mgr Raï ne rencontrerait aucun officiel du régime syrien.

Il n’en reste pas moins que le déplacement du dignitaire religieux à ce moment précis est fort de symboles. A ceux qui l’interrogeaient sur ses visites controversées en Syrie, le cardinal Raï a rétorqué que «les maronites ont des églises, un héritage et une culture en Syrie, et nous sommes critiqués chaque fois que nous nous y rendons, mais l’amour du Christ est plus fort que tout».

Une occasion aussi de délivrer des messages importants, à l’heure où les chrétiens d’Orient, qu’ils se trouvent en Syrie ou en Irak, sont de plus en plus menacés. Le cardinal Béchara Raï a d’ailleurs déclaré lundi, avant que ne s’ouvre le sommet: «Notre souci commun est de maintenir nos peuples sur nos terres. Les Etats changent, mais la terre demeure». D’ailleurs, le sommet qui se tient habituellement au Liban avait été déplacé en Syrie pour porter ce message fort. Une manière pour les patriarches grec-orthodoxe, grec-catholique, syriaque-orthodoxe, syriaque-catholique et maronite, de rassurer les chrétiens d’Orient.

Le patriarche maronite, qui était venu à Damas dès samedi, sur la demande du patriarche grec-orthodoxe, Mgr Jean X Yazigi, a, dès son arrivée en terre syrienne, affirmé qu’il était «tous les jours à Damas, par la prière». «Je porte sa cause partout où je vais et avec tous ceux que je rencontre», a-t-il souligné.

Une foule de fidèles

Après être arrivé par la route, le cardinal Raï s’est rendu, samedi, à l’Hôpital français de Damas, puis à la cathédrale Saint-Antoine des maronites et, enfin, à Bab Touma. Là bas, les patriarches Jean X des grecs-orthodoxes, le patriarche syriaque Ignace Ephrem II Karim, le nonce apostolique de Damas, Mgr Mario Zenari, et l’évêque maronite de Damas, Samir Nassar, ont célébré une messe qui a rassemblé une foule considérable de fidèles. Après l’office, Mgr Raï est allé inaugurer le centre paroissial baptisé du nom de Mgr Raymond Eid, situé à proximité de l’église.

Son homélie aura été porteuse, là aussi, de messages forts. «Nous allons réfléchir ensemble, nous unir en pensée, en paroles et en actes, porter ensemble le souci de notre peuple en Syrie et en Irak, ainsi que dans les divers pays du Moyen-Orient où il souffre, dans l’espérance que la Passion du Vendredi saint est suivie, le troisième jour, de la Résurrection», a demandé le patriarche. S’adressant à la foule de fidèles, pour qui sa présence représentait beaucoup, le cardinal Raï s’est dit «convaincu que cette vague de violences est passagère. Nous sommes invités à tenir bon». «Beaucoup ont versé leur sang, beaucoup sont morts en martyrs, mais leur sang n’a pas été versé en vain. Beaucoup aussi ont été poussés à l’exode. On avance le chiffre de 12 millions de Syriens. Ceux-là non plus, leurs souffrances ne sont pas vaines. Dieu est le Seigneur de l’histoire et non pas les trônes de ce monde. Nous sommes placés en Orient face à des stratégies absurdes de guerre, de destruction, de mort et l’éradication de toute espérance du cœur des gens. Mais prenons patience et ne perdons pas l’espérance», a-t-il ajouté.

« Nous prions pour la conscience morte de la communauté internationale. »

Portée symbolique

Conscient de la portée symbolique de la présence des patriarches orientaux à Damas, Mgr Raï a également indiqué qu’il ne fallait pas «perdre notre maturité chrétienne». «Nous, patriarches, sommes avec vous, à vos côtés, devant vous, avec vous dans la prière. Nous portons la cause de tous les chrétiens, des peuples de Syrie, d’Irak, de Palestine et du Yémen et de tout pays qui souffre. Nous sommes là comme nous sommes au Liban ou à Rome. Nous, les cinq patriarches orientaux, sommes là pour prier pour la paix. Nous prions pour la paix en Syrie et dans la région; nous prions pour la conscience morte de la communauté internationale. Nous prions pour un règlement pacifique de la crise en Syrie, et pour que les Syriens, chrétiens et musulmans, restent attachés à leur terre, et pour le retour chez eux, dans la dignité, de ceux que la guerre a déplacés. Ne perdez jamais votre espérance!», a-t-il déclaré. Relayant en cela le message du pape François qui appelle chaque semaine les chrétiens à prier pour la paix en Syrie.

Plus tard, samedi, le patriarche a accueilli, au siège de l’évêché maronite, le ministre syrien des Wakfs islamiques, Mohammad Abdel-Sattar el-Sayyed, venu lui rendre visite, accompagné de dignitaires religieux. Cela aura été son seul contact avec un représentant du régime de Bachar el-Assad. Puis, lundi, il a participé au sommet réunissant tous les patriarches des églises d’Antioche qui se tenait au patriarcat grec-orthodoxe (voir encadré), avant de rentrer à Bkerké.

Source : Hebdo Magazine (Liban) – Jenny Saleh

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