Share Button

Sarcelles, le 9 juillet. A Sarcelles, où vivent 8 000 chrétiens d’Orient, la solidarité dans la communauté s’est organisée, notamment au sein de la paroisse de Saint-Thomas d’Apôtre. (LP/P.Co.)

Ils ont débarqué une petite valise à la main, ou même sans rien, après des semaines d’attente dans des camps de fortune. Ereintés et inquiets pour leurs proches restés là-bas. Environ 150 chrétiens réfugiés sont arrivés d’Irak depuis presque un an à Sarcelles. Des familles, souvent nombreuses, fuyant les persécutions du groupe Etat islamique. Le député-maire PS de Sarcelles François Pupponi vient de proposer l’ouverture d’un centre d’accueil pour ces réfugiés d’Irak au sein de la maison de retraite du Cèdre bleu.

Cet établissement, qui appartient à la ville de Paris, doit fermer ses portes en novembre et plusieurs bâtiments sont inoccupés depuis quelques années. « Nous avons proposé cette initiative au préfet chargé des réfugiés d’Irak et à la mairie de Paris. Nous attendons un retour », confie l’élu.

Car l’arrivée de migrants irakiens ne faiblit pas. « Il pourrait même s’accélérer, note François Pupponi. Les réfugiés qui sont dans les camps commencent à se rendre compte que le conflit s’enlise et qu’ils ne vont pas regagner leur maison de sitôt. Ils pourraient eux aussi choisir l’exil. »

Dans la ville de l’est du Val-d’Oise, où réside la plus importante communauté chaldéenne de France avec 8 000 membres, d’importants moyens ont été déployés depuis un an pour les accueillir. Deux conventions ont été signées avec le bailleur Osica et l’association France terre d’asile pour prendre en charge une dizaine de familles.Soit 59 000 € d’aides versées par la ville.

Pour accueillir les nouveaux fidèles, une église est en construction à Arnouville. (DR.)
« Pour les premières arrivées, en août dernier, la première condition était d’avoir une famille d’accueil sur place, à Sarcelles », rappelle Raphaël Legendre, directeur du centre communal d’action sociale qui a piloté la prise en charge des réfugiés. « On entame alors le suivi administratif pour ouvrir leurs droits sociaux. Cela peut prendre plusieurs semaines. Retranscrire un acte de naissance, s’assurer de la bonne orthographe d’un nom, ça peut paraître anecdotique, mais ça prend énormément de temps. »

Vient ensuite la principale difficulté : trouver un logement. Dans le cadre de la convention, Osica met à disposition des appartements. Là, les migrants sont accompagnés pour ouvrir les compteurs, entretenir le logement et le loyer, payé grâce au RSA (Revenu de solidarité active) qu’ils perçoivent, une fois leurs droits ouverts. Mais avoir son chez-soi prend du temps. Et la vie en famille d’accueil peut s’éterniser.

« Même s’il s’agit souvent de proches, ce n’est pas facile d’héberger quatre, cinq ou six personnes sur des durées aussi longues. Ça peut engendrer des tensions. Et puis les réfugiés ont aussi besoin d’un endroit pour se poser afin de se reconstruire, analyse Daniel Auguste, vice-président du comité de soutien aux chrétiens d’Irak (CSCI). D’où l’utilité d’un centre d’accueil pour éviter ce genre de situations. »

Ce que pourrait proposer la structure, c’est aussi un soutien psychologique pour ces personnes. Une aide aujourd’hui inexistante. « Ce sont des gens qui avaient un statut social dans leur pays et qui se retrouvent du jour au lendemain dans le dénuement le plus complet, loin de leur pays, glisse le directeur du CCAS. C’est très violent. »

Une nouvelle église sort de terre à Arnouville
Avec ses 800 places, l’église Saint-Thomas Apôtre de Sarcelles faisait déjà salle comble à chaque messe dominicale. « Avec les nouvelles arrivées de chrétiens, le manque de place est encore plus criant. Et la communauté devrait encore s’agrandir… », confie le père Sabri Anar, qui officie dans cette paroisse, plus grande église chaldéenne d’Europe.

C’est dire si la future église Saint-Jean Apôtre, actuellement en chantier à Arnouville, est très attendue par les paroissiens. L’édifice, qui pourra accueillir 500 fidèles, devrait être livré en mars 2016. Elle permettra aussi de suivre 300 enfants en catéchèse. Reste à boucler les derniers financements de ce chantier, pour un budget total de 6,5 M€.

Source : Le Parisien Pauline Conradsson | Publié le Vendredi 10 Juil. 2015, 18h20 | Mis à jour : 18h20