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Elles commencent à parler et leurs récits confirment les pires craintes sur le sort réservé aux captives de Boko Haram. Près de 700 femmes et enfants ont été libérés la semaine dernière des griffes de la secte islamiste qui mène une guerre ouverte contre l’Etat nigérian depuis deux ans. Un succès inédit pour l’armée du pays, longtemps critiquée pour son impuissance.

«Chaque jour, l’une de nous mourrait, nous attendions notre tour», a confessé l’une des jeunes femmes délivrée juste après son arrivée dans un camp de réfugiés proche de Yola, capitale de l’Etat de l’Adamawa, où ont été transférés 274 femmes et enfants dimanche soir.

Les captives faisaient également l’objet d’une étroite surveillance («Nous n’avions pas le droit de bouger d’un pouce») et étaient sans cesse menacées d’être «vendues comme esclaves» ou d’être mariées de force aux combattants de Boko Haram, dont certains avaient tué leur mari. Un modus operandi bien cruel mais déjà observé ailleurs : lors des attaques menées par la secte islamiste, seuls les femmes et les plus jeunes enfants sont épargnés avant d’être enlevés.

Selon Amnesty International, plus de 2 000 femmes auraient été enlevées par Boko Haram depuis deux ans. Or, les victimes sont également maintenues dans un état de misère absolue : nourries aux grains de maïs, en principe impropres à la consommation humaine. Plusieurs enfants ressemblaient ainsi «à de petits squelettes» à leur libération, selon certains témoignages recueillis.

Lors de plusieurs opérations menées depuis jeudi par l’armée nigériane dans la forêt de Sambisa. Située à la frontière avec le Cameroun, cette forêt, longtemps difficile d’accès, est considérée comme le lieu de captivité des lycéennes de Chibok, enlevées le 14 avril 2014 (lire Libération du 14 avril). Mais désormais, Boko Haram perd du terrain et, depuis mardi, l’armée nigériane, épaulée par les contingents des pays de la région, avait massé ses troupes autour de ce qui a été parfois présenté comme le «dernier bastion» de la secte intégriste.

Les captifs ont bien été libérés mais non sans dégâts : certaines femmes qui se cachaient dans des buissons auraient été écrasées par les chars de l’armée et d’autres captives auraient été victimes des mines laissées par les combattants de Boko Haram, qui auraient également lapidé certaines de leurs prisonnières avant de fuir.

Huit femmes et quinze enfants ont ainsi dû être hospitalisés après cette opération de sauvetage, l’une des plus spectaculaires de l’armée mais qui n’aurait toujours pas permis de retrouver les lycéennes de Chibok.

Source : Maria MALAGARDIS – Libération du 4 mai 2015