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J’ai décidé de dénoncer l’attitude de la France à l’égard des pétromonarchies sunnites, et notamment de l’Arabie saoudite.

J’ai décidé de dénoncer l’attitude de la France à l’égard des pétromonarchies sunnites, et notamment de l’Arabie saoudite. La France a une vocation au Proche-Orient : être une puissance d’équilibre. Contrairement aux Anglais ou aux Américains, embourbés depuis le début du XXe siècle dans des arrangements étranges, la vocation française avait le double avantage de servir nos intérêts et de correspondre pleinement à nos devoirs envers les minorités orientales. Chacun a pu constater mon engagement de vérité et de vigueur aux côtés de ceux qui sont nos frères aînés dans la foi. Laurent Fabius et François Hollande ont fait le choix d’une alliance très poussée avec Riyad. Celle-ci peut être rémunératrice, preuve en est avec la signature de 3,63 milliards d’euros de vente d’armes pour le royaume wahhabite en 2014. Si nous savons maintenir les technologies et nos emplois en France tout en signant de tels contrats, il faut s’en réjouir. Il n’en reste pas moins que la destination de ces armes, comme les ententes concomitantes, posent problème.

Ainsi, la signature d’un contrat d’armement pour le Liban financé par des investissements saoudiens soulève de lourdes suspicions au sujet des intermédiaires employés dans les négociations. Rappelons, à ce propos, que les relations commerciales avec l’Arabie saoudite connaissent un douloureux précédent lié à la déplorable affaire de Karachi en 1994-1995. Aussi ai-je décidé de déposer une proposition de résolution ouvrant une commission d’enquête parlementaire sur la nature des négociations de la France avec ce qui demeure l’un des principaux argentiers du terrorisme international.

Mais la question financière ne saurait occulter l’éthique des relations françaises au Proche-Orient. L’émotion unanime et salutaire qu’a soulevée le sort des chrétiens d’Orient n’est pas allée de pair avec une adaptation des méthodes diplomatiques françaises dans la région. Laurent Fabius continue de défendre une ligne anti-russe et anti-chiite au moment où les États-Unis eux-mêmes sortent de cette stratégie unilatérale. Monsieur Sarkozy aura décidément rendu le Quai d’Orsay plus atlantiste que les atlantistes. Pire : j’avais déjà demandé une commission d’enquête sur le soutien français à la rébellion syrienne. Souvenons-nous, en effet, que Laurent Fabius considérait Jabhat al-Nusra comme des « gars qui font du bon boulot » en Syrie. Il parlait bien, là, de l’antenne d’Al-Qaïda, dont les exactions comme le fanatisme n’ont rien à envier à l’État islamique.

Aussi les Français ont-ils le droit de savoir quels biais, quels arrangements ou quelles négociations ont ainsi orienté la France dans une lutte totale contre l’arc chiite dans la région. Cette politique est coûteuse et, surtout, coupable de solidarité de fait avec des exactions odieuses. Laurent Fabius a, par exemple, félicité l’action de l’Arabie saoudite au Yémen alors que la monarchie islamique est accusée d’y employer des bombes à sous-munitions.

J’espère donc que ma proposition de résolution trouvera un accueil favorable : il en va de l’honneur de notre pays, de l’image de la France au Proche-Orient, et surtout de la vie d’hommes et de femmes embrigadés ou assassinés par l’idéologie wahhabite.

Je vous tiendrai informé du sort de cette proposition à l’Assemblée nationale.

Jacques Bompard