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L’Etat Islamique s’est emparé du coton syrien, mettant en place une chaîne d’intermédiaires opaque, difficilement traçable pour les acheteurs. Les marques occidentales financent-elles sans le savoir le terrorisme ?

En ruine, la Syrie compte néanmoins toujours dans le paysage économique global par l’entreprise d’un commerce qu’il n’est pas politiquement correct d’évoquer car très sensible et impliquant des entreprises évoluant dans un monde feutré et discret. En effet, les matières premières extraites en Syrie sont toujours exportées hors de son territoire, et en premier lieu le coton qui représentait une des ressources principales de ce pays et qui se trouve à présent entre les mains de Daesh.

Des intervenants difficilement traçables

C’est évidemment à travers la Turquie que transite ce coton qui finance désormais les capacités opérationnelles de l’Etat Islamique (EI), non sans préalablement passer entre les mains de toute une chaîne d’intermédiaires et d’acheteurs qui y gagnent honorablement leur vie, tout en assurant à ce coton un blanchiment fort opportun. Ce dernier termine en effet sa route dans les chaînes de production de nos marques d’habits occidentales qui, bien que de plus en plus conscientes de contribuer ainsi indirectement au financement de Daesh, ont le plus grand mal à identifier clairement la provenance de leurs matières premières.

Habituons nous pourtant à l’idée que les habits que nous achetons dans nos magasins en France et en Europe, et que nous portons, servent bien souvent à acheter les armes qui se retournent contre des innocents et à financer le terrorisme qui sévit au sein de nos démocraties occidentales. En dépit de toutes les assurances et déclarations d’intention des producteurs et des maisons de mode, il leur est absolument impossible d’identifier tous les intervenants concernés de près ou de loin par ce coton qui, en réalité, change de propriétaires et de lieux de multiples fois avant de finir son voyage sur nos pulls, pantalons ou couvertures. Comme c’est d’abord et surtout la qualité du produit qui préoccupe les acteurs de ce marché à chaque étape de sa transformation et de son traitement, la provenance reste tout à fait secondaire tant pour cette industrie du textile que pour les marques uniquement préoccupées par la vente de leurs costumes et T-shirts.

Une industrie du kidnapping

Ces ressources qui bénéficient à Daesh viennent s’ajouter à ses recettes pétrolières estimées à 2 millions de dollars par jour, au produit des confiscations de propriétés des personnes pillées et massacrées, ainsi qu’aux revenus générés grâce à son « industrie » du kidnapping. Pas étonnant dans ces conditions que de plus en plus de citoyens de pays arabes et d’Afrique du Nord soient tentés par l’aventure de l’EI qui, si elle ne les séduit peut-être pas entièrement sous son aspect idéologique, leur assure un train de vie dont ils ne jouissent pas dans leur pays d’origine.

Une illustration significative étant le cas de la Tunisie qui se trouve être le premier exportateur de combattants vers l’EI du fait de citoyens qui subissent un chômage de plus de 15%, et même de plus de 34% parmi ses jeunes diplômés. En pleine désillusion quatre ans après une révolution ratée, disposant de revenus de l’ordre de 100 dollars par mois dans leur pays, les citoyens tunisiens – à l’image des autres populations économiquement sinistrées et politiquement silencieuses des pays arabes – sont de plus en plus nombreux à rejoindre les rangs de Daech, qui leur propose un revenu mensuel pouvant aller jusqu’à 2.000 dollars par mois agrémenté de la perspective de donner un sens à leur vie.

Source : La Tribune