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Prévisions et craintes quant à l’étape à venir dans les milieux du 14 mars. Les prévisions concernent une chute subite du régime syrien et le déclenchement de la bataille de Damas, les craintes, elles, portent sur les conséquences d’une telle éventualité et sur le déferlement d’une nouvelle vague de déplacés au Liban. En majorité des chrétiens et des alaouites.

Plusieurs responsables arabes n’ont pas hésité à formuler leur inquiétude sur l’avenir du Liban devant les personnalités libanaises rencontrées. Il faudrait d’ores et déjà, disent-ils, se prémunir contre un éventuel effondrement de la situation en Syrie qui entraînerait l’afflux de dizaines de milliers de réfugiés, et adopter les mesures nécessaires à leur intégration, surtout qu’ils sont issus de diverses confessions.

Le Liban coincé
Un des leaders arabes a même invité le Liban officiel et politique à s’apprêter à l’accueil d’un grand nombre de Syriens bien que le pays n’ait pas la possibilité de les assimiler à l’heure où le financement international apporté aux déplacés s’étiole. Si jamais la guerre s’étend à Damas et à Homs, ajoute le même leader arabe, les habitants des deux villes seront amenés à se réfugier au Liban qui sera contraint à les accueillir malgré lui.

Selon les prévisions préliminaires, le nombre des nouveaux réfugiés syriens atteindra quelque 500 000 personnes qui débarqueront au Liban, à Beyrouth en particulier. Pour la première fois, il s’agira de centaines de milliers de Damascènes chrétiens et alaouites favorables au régime Assad. Ces développements ne signifient pas que Damas va tomber entre les mains des rebelles venus du sud mais, comme l’a expliqué l’ex-ambassadeur des Etats-Unis Robert Ford, il y a quelques jours, la capitale syrienne se transformera en champ de bataille, ce qui se traduira par l’arrivée d’un surplus de réfugiés à la frontière.

«Le scénario le plus plausible», comme il l’a expliqué, est «la création d’une bande tout le long de la frontière avec le Liban sur le littoral méditerranéen contrôlée par les alaouites et le Hezbollah, soutenus par l’Iran et la Russie». Du point de vue géographique, la majeure partie de la région, où auront lieu les batailles annoncées, est située sur la ligne de démarcation avec le Liban (de Damas jusqu’au littoral). C’est pourquoi, les nouveaux déplacés se présenteront aux points de passage à la frontière libano-syrienne. A ce moment-là, le Liban sera coincé vis-à-vis de la communauté internationale si jamais il décide de verrouiller ses entrées. Contraint à nouveau de desserrer la vis, il devra alors faire face à l’augmentation du nombre de réfugiés sur son territoire dans une proportion d’au moins 55%, ce qui signifie l’intensification de la crise socioéconomique, sécuritaire et communautaire.

Le pire scénario – si jamais il a lieu – est celui dont on parle dans les milieux de l’opposition syrienne, à savoir l’attaque des bastions alaouites sur la côte dans le but de renverser Assad. A ce moment-là, les Syriens alaouites (soit quelque 2 millions de personnes) n’auront d’autre refuge que le Liban. Et comme le Akkar, par sa structure confessionnelle, n’est pas prêt à les accueillir, les heurts ne sont pas à écarter. L’autre option est que ces déplacés traversent le rif de Homs pour atteindre le Hermel.

L’Onu, comme le révèle un ministre, aurait même demandé à la représentante personnelle de son secrétaire général, Sigrid Kaag, d’avancer quelques suggestions concernant la gestion éventuelle de l’augmentation du nombre de réfugiés syriens au Liban. Kaag a dû exposer devant le Conseil de sécurité un rapport détaillé à ce sujet lors de la réunion du 7 juillet, en plus de son rapport sur l’application des résolutions internationales au sud du Liban.

Source : L’Hebdo Magazine, Chaouki Achkouti

Des questions à l’Onu
Des sources diplomatiques européennes estiment que le Conseil de sécurité, en examinant les retombées directes de ce scénario sur le Liban, devrait prendre en considération plusieurs données:
♦ L’évaluation du volume global de ce nouveau déplacement de population. Sera-t-il similaire à celui déjà existant, soit un million et demi de personnes?
♦ Ce déplacement sera-t-il limité dans l’espace à la région de la Békaa ou va-t-il s’étendre vers le Sud? Quelle sera son influence sur la résolution 1701?
♦ Parmi ces nouveaux déplacés, il y a un grand nombre d’alaouites favorables au régime.
♦ Comment garantir la stabilité au moment où les tensions communautaires seront à leur apogée, surtout si les confrontations se poursuivent?
♦ Le gouvernement a-t-il pris les dispositions logistiques et sécuritaires nécessaires pour accueillir les nouveaux arrivants?
♦ Où se positionnent les acteurs locaux face à ce nouvel exode? Aboutira-t-il au transfert des querelles de la Syrie au Liban?