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L’ex-Premier ministre a organisé mardi soir à Paris une grande soirée politico-religieuse et cajole les électeurs de la droite catholique.

« Nous sommes tous des chrétiens d’Orient ! » Voilà le mot d’ordre à l’honneur de la grande soirée organisée mardi soir par François Fillon au Cirque d’hiver, à Paris. Plus d’un millier de personnes étaient rassemblées dans les gradins de la salle rouge et or du cirque Bouglione. Au pupitre, l’ancien Premier ministre assure que sa présence n’a rien d’une « manœuvre politicienne ». « Je suis là pour mobiliser et engendrer des soutiens ! La politique sert aussi à défendre des valeurs essentielles », lance le député de Paris en introduisant ce meeting de soutien aux chrétiens qui sont massacrés en Orient par les combattants de l’État islamique.

Standing ovation

Sous un tonnerre d’applaudissements, François Fillon a appelé au « démantèlement de l’État islamique puisqu’il est le fer de lance du fanatisme ». Il préconise un changement de stratégie : « Tous les États du Proche-Orient, l’Europe et les États-Unis, mais aussi la Russie et l’Iran doivent conjuguer leurs efforts pour éradiquer l’État islamique. Ne pas associer l’Iran et la Russie, c’est se priver de toutes les possibilités de résoudre cette crise, car leur influence sur les mouvements chiites et sur l’évolution du régime de Damas est cruciale. » Et de lancer un appel solennel au chef de l’État François Hollande, à la chancelière allemande Angela Merkel et au président du Conseil italien Matteo Renzi avant le sommet européen du 25 juin : « Mettez l’Europe en ordre de marche face à l’une des plus grandes catastrophes humanitaires qui se déroule à ses portes. » Un discours très applaudi qui s’est terminé par une standing ovation

Meeting politico-religieux

Sur la piste ronde du Cirque d’hiver, élus des Républicains, religieux et responsables associatifs sont assis côte à côte. On aperçoit la députée des Yvelines Valérie Pécresse, le sénateur de Vendée Bruno Retailleau, la vice-présidente des Républicains Nathalie Kosciusko-Morizet, Mgr Gollnisch, Mgr Athanasios –– évêque diocésain de l’Église copte orthodoxe d’Égypte en France –, Patrick Karam, le président du Conseil représentatif des Français d’outre-mer. Dans les gradins, des prêtres, des pasteurs protestants, 250 élus et sympathisants du parti de droite. Est aussi présent François Pupponi, le député-maire PS de Sarcelles, une ville du Val-d’Oise où vivent de nombreux Irakiens ayant obtenu l’asile politique en France. Au micro, les témoignages se succèdent. « Les paroles fortes de François Fillon et Valérie Pecresse suffiraient à remplir cette soirée », glisse maladroitement le Monsieur Loyal du meeting, le député Jérôme Chartier. Une façon de signifier que les arrière-pensées politiques sont bien présentes. Une religieuse syrienne raconte la vie difficile de sa famille restée sur place. Georges Malbrunot, journaliste au Figaro, décrypte la situation géopolitique et les scénarios qui se profilent : « Il faut éviter un effondrement du régime syrien et déployer dans des zones des Casques bleus pour empêcher des tueries en Syrie. Les chrétiens syriens se sentent abandonnés par la France compte tenu des prises de position de la France depuis 2011 et se tournent davantage vers la Russie. »

Minute de silence

Quelle curieuse soirée au cours de laquelle politique et religion se sont entremêlées ! À 21 h 3, la salle se fige pour une minute de silence afin de penser à toutes les victimes chrétiennes. Personne ne bouge. Les religieux prient, en silence, en bougeant doucement leurs lèvres. Quelques minutes plus tard, au micro, Jean-Marc Plantade – membre du Conseil économique, social et environnemental et secrétaire général de l’association Nouveaux Martyrs – commence son intervention en faisant le signe de croix, un geste de prière pour les chrétiens. Rendant hommage à l’engagement de l’ancien Premier ministre, il confie : « Pour ceux qui ne l’ont pas vu, François a pleuré tout à l’heure. François a parlé avec son cœur. » Vers 22 heures, c’est une religieuse, sœur Marie Keyrouz, qui conclut la soirée en chantant la prière du Notre Père en araméen, la langue du Christ.

Fillon, le « Jacky Ickx de la politique » ?

Au sein du duel annoncé entre le patron des Républicains Nicolas Sarkozy et le maire de Bordeaux Alain Juppé, François Fillon est soucieux de faire entendre sa voix. En organisant ce meeting, il entend cajoler les électeurs de la droite traditionnelle catholique qui sont attachés aux racines chrétiennes de la France et fatigués de cette « fausse laïcité qui a toujours peur de parler des chrétiens », selon les mots de Mgr Pascal Gollnisch. Autant d’électeurs de plus en plus tentés par le vote FN. « J’ai été heureusement surprise par cette initiative de Fillon. Je vais m’intéresser davantage à lui », explique Emma, une jeune sympathisante des Républicains, déçue par Sarkozy. « Fillon me plaît, mais j’ai parfois l’impression qu’il est moins efficace que Sarkozy pour battre Hollande en 2017 », abonde Marc.

En panne dans les sondages, François Fillon affiche sa détermination sans relâche. Candidat le plus avancé dans la rédaction de son projet présidentiel, Fillon propose notamment 110 milliards d’économies en cinq ans, la fin des 35 heures, la « maîtrise » de l’immigration via une « politique de quotas ». Pour restaurer son image écornée (duel fratricide contre Jean-François Copé, critiques vives contre le bilan du quinquennat de Sarkozy, affaire du déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet), le candidat à la primaire de droite publiera un livre à l’automne prochain. « J’irai jusqu’à la primaire, je ne renoncerai pas. Sinon, pourquoi continuerais-je alors que je suis donné pour mort ? » a-t-il confié récemment à un parlementaire inquiet. Grand amateur de courses automobiles, le Sarthois se rêve d’un destin victorieux comme Jacky Ickx : « Jacky Ickx a réalisé la plus belle course d’endurance que j’aie jamais vue : parti le dernier, il est arrivé le premier. »

Source : Le Point