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Après une première visite polémique de plusieurs parlementaires français en février dernier, le député (Chrétien-démocrate) a lui aussi été reçu par le raïs syrien dans le cadre d’une tournée au Proche-Orient.


NDLR Nouveaux Martyrs : cet article pose d’une manière cruciale la question de la fiabilité des informations à partir desquelles la France justifie sa politique en Syrie. A cause du précédent sur les prétendues « armes de destruction massives » de l’Irak, informations fausses bien que portées par une des plus grandes puissances mondiales, nous savons qu’il faut considérer ces informations avec une grande prudence.

La poignée de main va probablement agacer. Dimanche, le député des Yvelines Jean-Frédéric Poisson (Parti chrétien démocrate) a été reçu à Damas par le président syrien Bachar el-Assad. Une rencontre organisée via l’entremise de l’association SOS Chrétiens d’Orient (proche du régime) dans le cadre d’une tournée au Proche-Orient du parlementaire.

L’échange entre l’élu français et le raïs intervient cinq mois après la visite polémique d’une première délégation de députés français. Eux aussi avait été reçus par Bachar el-Assad, provoquant les réactions hostiles du gouvernement. «Je ne soutiens pas le régime Assad mais je pense qu’il n’est absolument pas sur le départ et que les rebelles n’arriveront jamais jusqu’à Damas», indique depuis Beyrouth Jean-Frédéric Poisson au Scan. «L’échange a duré 1h20 et s’est très bien passé. Il est courtois, souriant, moderne dans sa manière de parler, pas du tout guindé. Entre l’image de boucher et celui que j’ai rencontré, on ne doit pas parler du même homme», s’enthousiasme le député. Ajoutant: «Il n’a pas l’intention de faiblir, il consacre son énergie à défendre son pays, ce qui n’est pas contestable». Celui-ci dit ne pas comprendre la position de la France. «La clé du Moyen-Orient est à Damas. Le risque c’est que le vent tourne», insiste-t-il, allusion à un accord avec l’Iran qui pourrait rabattre les cartes dans la région. «Alors la France aura perdu son crédit, son influence et les contrats de reconstruction. J’ai rencontré des francophiles tristes que nous ne soyons plus à notre place», raconte Jean-Frédéric Poisson.

«Le pays ne déprime pas»
Pour l’élu, «il est temps que le Quai d’Orsay et le président de la République se réveillent». Le ministère des Affaires étrangères n’a pas été prévenu par la visite du député. Seuls Christian Jacob, le président du groupe les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale et Jacques Myard, député LR reçu par el-Assad en février étaient dans la confidence.

«Les diplomates européens sont montés haut dans l’arbre, il faut les aider à redescendre», lui a confié Bachar el-Assad, citant un diplomate suisse. Un dialogue, parfois même ponctué de rires, qui s’est tenu dans les murs du palais présidentiel syrien, sur les hauteurs de Damas. Samedi soir, Jean-Frédéric Poisson a dîné avec plusieurs homologues syriens du parti baas (le parti au pouvoir), le secrétaire général du parti communiste local et un élu indépendant d’Alep. «Il y avait la célébration d’un mariage dans mon hôtel jusqu’à 4 heures du matin. Je connais tout le top 50 syrien», s’amuse le français pour attester que «le pays ne déprime pas».

Mais pas un mot des barils explosifs lancés depuis les hélicoptères du régime sur des quartiers civils tenus par les rebelles. «Même si c’est vrai, ce dont je me mets à douter après plusieurs témoignages, c’est une guerre et il peut y avoir des épisodes contestables», répond Jean-Frédéric Poisson. Rien non plus sur d’éventuels contacts entre les services secrets de renseignement français et syriens.

«Soit ils m’ont fait une opération carton-pâte, et si un jour ça apparaît je le reconnaîtrais, soit ce voyage aura confirmé mon intuition première», plaide le député des Yvelines qui s’envole dimanche soir pour Erbil (Kurdistan irakien) pour une visite dans les camps de réfugiés.

Source : Le Figaro