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Inscrit sur la liste noire du Trésor américain, Abdelwahab al-Humayqani est membre de la délégation loyale au gouvernement yéménite, soutenue par l’Arabie saoudite et les Occidentaux.

Un financier d’al-Qaida, inscrit sur une liste noire américaine, participe à la conférence de paix sur le Yémen, qui s’ouvre aujourd’hui à Genève. Abdelwahab al-Humayqani, 42 ans, est membre de la délégation progouvernementale, soutenue par l’Arabie saoudite et les Occidentaux, qui va tenter d’engager le dialogue avec des représentants des rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, afin d’établir une trêve humanitaire après plus de deux mois de bombardements meurtriers.
En décembre 2013, le Trésor américain l’a pourtant inscrit sur sa «black list». Et les charges retenues contre lui sont lourdes. Washington accuse al-Humayqani d’avoir financé, via son ONG caritative, al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), qui vient de perdre son chef, Nasser al-Wahayshi, dans une frappe de drone américaine.
Al-Humayqani aurait également facilité le transfert de fonds d’Arabie vers Aqpa au Yémen, et à partir de 2012, il a été un cadre important d’Aqpa dans sa région d’Al-Bayda. Il a alors entretenu des liens avec les autres chefs de la plus dangereuse des filiales d’al-Qaida à travers le monde. Avec d’autres membres du groupe terroriste, il est accusé d’avoir orchestré une attaque contre une base de la garde républicaine yéménite dans le gouvernorat d’Al-Bayda, qui a fait sept morts.
Chef d’un parti salafiste

Pour se détacher de ce pedigree chargé, Al-Humayqani a ensuite créé un parti salafiste, al-Rachad, et c’est au titre de chef de cette formation qu’il a été invité à Genève, où il a rencontré lundi, en compagnie des autres membres de sa délégation, le secrétaire général de l’Onu, Ban ki-Moon.
Ce parti salafiste, créé avec d’autres cadres d’al-Qaida, n’est en fait «qu’une couverture pour leur permettre de recruter, puis d’entraîner plus facilement des combattants, et s’attirer ainsi un soutien plus large», peut-on lire dans la note du Trésor américain, relative à son inscription sur la «black list».
Dans un entretien en début d’année à un journaliste yéménite, Al-Humayqani avait démenti toutes ces charges. Son organisation caritative aide «les orphelins, les familles pauvres et les mosquées», assurait-il. Le financier djihadiste se disait même prêt à rencontrer des officiels américains pour s’expliquer.
L’agacement des Occidentaux

«S’il n’était pas venu à la conférence de Genève, sa région serait déjà tombée entre les mains de Daech ou d’al-Qaida», explique un proche de la délégation des loyalistes yéménites. Sa présence serait donc une caution envers les islamistes radicaux, qui luttent eux aussi contre les houthistes soutenus par l’Iran. Mais de l’avis de la plupart des observateurs, ce sont précisément ces radicaux – avec Aqpa et Daech derrière eux – qui sont déjà les grands bénéficiaires de la guerre que se livrent les deux camps. D’autant plus que les bombardements saoudiens épargnent al Qaida, qui contrôle toujours l’aéroport de Moukallah, l’un des rares à ne pas avoir été visé par un raid aérien de la Coalition arabe, soutenue par des Occidentaux. Des Occidentaux de plus en plus agacés par l’impasse dans laquelle l’Arabie saoudite s’est placée en lançant son offensive militaire contre les houthis et leurs alliés, les partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh.
«Les Allemands sont furieux», ajoute une source diplomatique à Genève, également embarrassée par une telle présence. Berlin soupçonne en effet Al-Humayqani d’avoir été derrière une prise d’otages d’Allemands, il y a quelques années au Yémen. La France, quant à elle, aide l’Arabie saoudite en lui fournissant des images satellitaires sur les cibles à frapper au Yémen.

Source : Le Figaro – Georges Malbrunot Publié le 16/06/2015 à 13:23